Un éclairage sérieux et honnête sur la cartomancie et la tarologie. Approche
Humaine de la 
Cartomancie et de la 
Tarologie Restez informés des nouveaux contenus !Flux RSS
Articles divers Histoires vécues Paroles de professionnels Présentations et projections Livres, tarots et relaxation... Forum : Tradition des tarots de Marseille. Annuaires et liens Prendre contact

Une étrange vendeuse

J'avais repéré, depuis quelques jours, une petite boutique qui venait de s'installer sous l'appellation "librairie ésotérique" dans la ville la plus proche de chez moi. Son fronton arbore fièrement une enseigne reprenant le nom d'une des lames du Tarot entouré à chaque extrêmité par des représentations de cette lame extraite du Tarot de Paul Marteau.

Passant à proximité en voiture, je dis à mon fils qui m'accompagnait :
"Tiens, c'est nouveau ça... Ça manquait par ici... Il faudra que j'aille voir".
Je ne m'y suis toutefois pas précipitée ! Ce n'est que quelques jours plus tard, alors que je passais une fois de plus devant ladite boutique, que je me suis promis de m'y arrêter au retour. Ce qui fut fait.

Au moment d'entrer, mue par une soudaine réticence, j'hésitai un peu devant les pendules et autres grigris étalés dans la vitrine pourtant proprette qui me semblaient quelque peu clocher avec l'idée évoquée par l'enseigne. Finalement, je me suis dit :
"Oh, allez, maintenant que j'y suis, j'y vais !"

Je dois bien avouer que certaines choses me gènent à l'approche de ce genre de boutique. Déjà, d'emblée, le mot ésotérique. Sans doute à cause du souvenir de la première fois que j'ai franchi la porte d'une minuscule boutique ésotérique, alors que j'avais plus ou moins une quinzaine d'années. Mais c'est, là, une toute autre histoire...

Ce qui me fait également parfois reculer devant ce type de boutique, c'est que l'on peut aussi y trouver absolument tout et n'importe quoi dans un mélange superbe des genres... du moment que ça rapporte ! Mais le fait est que pour s'en rendre compte, il faut d'abord entrer...

C'est donc ainsi que, mue par ma curiosité, je poussais la porte. A l'intérieur, tout sentait le neuf et même la peinture ! La boutique ne semblait guère encore bien achalandée, mais tout y était propre, clair et, jusque là, je n'avais rien ressenti d'extraordinairement choquant, surprenant.

Il n'y avait personne derrière le comptoir en face de moi. Il aura fallu quelques instants pour qu'une femme au physique agréable réagisse à la sonnerie annonçant mon entrée. Ce sont d'abord ses jambes qui me sont apparues puisqu'il lui fallait descendre un escalier, qui grinçait quelque peu sous son pas, avant d'apparaître complètement pour aller se positionner derrière le comptoir.

Elle m'accueille tout sourire en me lançant un "Bonjour !" tonitruant. Je trouve sa voix grave pour son physique, cependant bien dessiné, malgré une silhouette plantureuse. C'est néanmoins un bonjour avenant. Mmm... Finalement, la lame de son enseigne lui correspond bien!

J'entame la conversation en lui demandant de ne pas se déranger pas pour moi car je ne cherche rien de particulier, qu'ayant vu la boutique depuis peu, je viens simplement voir ce qu'elle propose par pure curiosité. Elle n'y trouve aucun inconvénient et précise qu'en effet, elle entame seulement sa troisième semaine d'ouverture et que, par conséquent, elle n'a pas encore beaucoup de choses en vitrine.

Elle m'explique qu'elle possède cependant déjà une boutique du même genre ouverte à la même enseigne depuis plusieurs années dans une ville un peu plus loin et me montre un panneau avec l'adresse écrit en gros qui trône juste derrière elle sur le mur qui soutient l'escalier. Je me dis en moi-même que je ne lui avait quand même pas demandé son CV... Enfin, soit, il faut bien trouver de quoi causer pour une première fois !

"Ah, c'est bien, dis-je en zieutant alentours, vous proposez des lectures intéressantes !"
Bien qu'il n'y en avait pas encore beaucoup d'exposées et que les livres étaient davantage étalés dans le sens de la largeur afin d'occuper le plus de place possible sur les étagères... À gauche, les diverses lectures relatives aux arts divinatoires, la magie et aux thèmes ésotériques. À droite, quelques techniques de concentration, relaxation, Reiki, hypnose... Il y avait aussi quantité de pendules et quelques grigris dont je ne connais pas la fonction et des encens divers.

En m'approchant, je découvrai que le comptoir présentait, sous une vitrine fermant le plan horizontal du dessus, environ une vingtaine de jeux de tarots différents. Parmi ceux-ci, deux variétés de tarots runiques que je n'avais jamais vus auparavant. Je tique intérieurement, trouvant cela bizarre, mais après tout, pourquoi pas !

Je ne me souviens plus exactement de ce que je lui ai dit à propos des tarots, mais à sa façon de réagir, j'eus le sentiment qu'elle commençait à me prendre pour une pomme. Notre conversation aborda alors le Tarot de Paul Marteau édité par Grimaud sous le nom Ancien Tarot de Marseille. Elle me soutient que c'est le plus ancien tarot de Marseille, qu'il date de 1600 et des poussières et patati et patata, que c'est Grimaud qui en a conservé les couleurs authentiques etc.

Je me dis intérieurement :
"Toi ma vieille, tu as la langue un peu trop pendue et tu m'as l'air davantage bonimenteuse que sage... Je vais t'avoir !"
Quand elle eut fini sa sérénade, je lui demandai brutalement :
"Vous n'avez pas le Noblet ?"
- Kékséksa, me demanda-t'elle.
- Oh, c'est un tarot de Marseille ! répondis-je.
- Ah non, jamais entendu parler. Mais vous savez, il y a des milliers de tarots, qui viennent de tous les coins du monde, plus les nouveaux qui sortent...

Je lui dis alors qu'il s'agissait d'un tarot de Marseille parmi les plus anciens tarots de Marseille connus à ce jour. Elle continua à me soutenir que c'etait impossible, que le Grimaud était le plus ancien. Et elle ajouta comme si l'assurance qu'elle mettait dans sa connaissance du sujet ne suffisait pas à m'épater qu'elle savait de quoi elle parlait, car cela faisait longtemps qu'elle pratiquait les tarots et qu'en plus elle était médium !

En reprenant, je me trompai légèrement, confondant les noms Marteau et Grimaud et me rattrapai en disant qu'il s'agissait du même Tarot et qu'il était, d'après ce que l'on m'avait appris, bien postérieur au Noblet. Cette petite confusion adoucit quelque peu la vendeuse, car elle me répondit :
"Oui, oui, vous avez raison, Marteau ou Grimaud, c'est pareil !".

Comme je n'allais pas commencer à entrer dans le détail à propos de qui était Marteau et qui était Grimaud pour le tarot, je lui dis :
"Eh bien tenez, regardez ce que c'est que le Noblet !"
tout en sortant le jeu en question de mon sac, comme un lapin chaud d'un chapeau. Je le sors de sa boîboîte et lui tends gentiment. Elle s'en saisit et l'observe.

D'abord, elle me dit, rien qu'au toucher :
"C'est un sacré jeu que vous avez là. Il est beau. Je n'en ai pas de cette facture".
- Oui, c'est fabriqué à la main, selon la technique ancienne de l'époque par un amoureux de la belle ouvrage, lui répondis-je.

Alors elle observe le graphisme en le trouvant marrant. Puis elle note que les cartouches sont aussi écrits à l'ancienne, avec des caractères anciens.

Au moment où elle tombe sur la lame correspondant à son enseigne, elle me dit :
"Holà, elle est moche, dites-donc ! Elle paraît drôlement vieille là-dessus !"
et elle me tend une carte de visite représentant la même lame dans l'Ancien Tarot de Marseille édité par Grimaud, dans toute sa splendeur, en me disant qu'il n'y avait pas de comparaison, qu'elle est vraiment plus belle dans ce jeu. J'en profite pour lui dire alors :
"C'est relatif ! Mais oui, hein, il est un peu brutal ce jeu !"
Elle me répond :
"C'est le moins qu'on puisse dire en effet, mais il est vraiment marrant, avec ses couleurs et ce graphisme !"

A ce moment là, elle tombe sur LAMORT et elle me dit en me montrant la carte:
"Voyez, chez Grimaud, ça, là, la colonne vertébrale, c'est un épi. C'est plus parlant parce que plus logique."
Elle se met alors à me déblatérer un cours sur les chakras auquel je ne comprend rien. Je la laisse longuement continuer à regarder mon Noblet, en regrettant un peu, au passage, de l'avoir laissé y toucher !

Elle finit enfin par me le rendre en me disant :
"Oh, mais ça, non, c'est un beau tarot. Je n'ai pas ce tarot là et je n'en aurais pas. Je ne peux pas tout avoir, ça coûte déjà cher tout ce que j'ai là, je ne peux pas me le permettre".
Pour la tranquiliser, je lui dis :
"Ne vous inquiétez pas, je ne vais pas vous demander d'en trouver un puisque j'en ai déjà un et que je sais où m'en procurer d'autres si nécessaire."
Elle me demande alors :
"Et de quand date-t-il celui-là ?" Je lui réponds :
"Vers 1650".
À ce moment-là, elle me répond :
"Ah oui, oh, ça pourrait bien être ça, 1650 ? Oui... avec ce graphisme... le Grimaud lui, il date de 1850, à peu près !"
Je décide de ne pas lui en rajouter une couche en lui disant qu'elle s'est trompée de 80 ans ! Surtout qu'après tout, il n'y avait pas si longtemps que je savais tout ça !

Je la soupçonne de se montrer quelque peu menteuse sur les bords puisqu'elle ne m'a pas du tout dit la même chose un peu plus tôt ! Mais je lui laisse néanmoins le loisir de se rattraper et continue mon observation de cette femme quand elle me demande :
"Qui fait ça ?"
Je lui montre le livret où figure le numéro de série et la signature de Jean-Claude Fornoy, des fois qu'elle ne me croie pas ! A ce moment, je me dis qu'elle sera peut-être tentée de faire figurer ce tarot dans sa vitrine et je m'apprête à lui montrer la page mentionnant l'adresse internet. Mais, non, finalement elle me dit :
"Je ne peux pas avoir ça, ce n'est pas possible ! Vous vous rendez compte ! Regardez, il y en a tellement !"

Elle me sort alors un catalogue où figure une quantité de tarots répertoriés. Il y en a tellement sur des pages et des pages que je n'ai pas le temps de tous les voir. Je lui demande alors si je peux avoir ce catalogue et elle me dit :
"Eh bien, il est en vente, parce que vous voyez, on l'a fait faire à notre enseigne et ça nous coûte 3 euros, alors on le vend 4 euros... Vous voyez : c'est écrit là, derrière !" rajoute-t-elle en me retournant le catalogue pour m'en montrer le prix.
Je lui réponds :
"En effet, je vois, ne vous tracassez pas, je comprends ! Ce n'est pas un problème, je vous prends le catalogue !"
et lui pose 4 euros sur le comptoir, dans l'intention de pouvoir regarder ça plus calmement chez moi quand j'en aurai envie.

Là, elle me montre un autre catalogue posé sur le comptoir qui répertorie tous les bouquins qu'elle peut vendre sur commande cette fois-ci et me dit en me parlant du catalogue :
"Un comme ça, je pourrais vous en donner un vieux de l'année dernière... Mais pas aujourd'hui parce que je n'ai que celui-là ici. Il faut d'abord que je le ramène de l'autre boutique".

Je marque mon assentiment. Mais, en moi-même, je pense que cette femme est étrange : un coup, elle va trop loin et un coup, elle ne sait pas comment se rattraper ! Néanmoins, je ne peux pas dire qu'elle est foncièrement désagréable, juste gaffeuse

Quand on sait pas de quoi on parle à qui, il vaut mieux rester réservé. Pour une médium, ouais, je trouve ça plutôt étrange ! Mais, bon... personne non plus n'est parfait !

Au moment de partir, alors que j'approche de la porte et qu'elle a déjà remonté la moitié de l'escalier, elle me jette :
"La prochaine fois que vous venez, je vais vous montrer un tarot que vous n'avez jamais vu. C'est un très vieux tarot original de... (j'en ai hélas oublié le nom) qui vient du fin fond de la Roumanie (ou de quelque part par là !)".
Bref, un jeu unique comme je n'en ai jamais vu et comme je n'en verrai jamais.

Je lui dis que je serais ravie de le voir et conclus sur un au-revoir des plus aimables, tout en gardant un sentiment décidément mi-figue, mi-raisin à propos de cette femme.

Une fois rentrée, vous pensez bien que j'ai rouvert mon tarot préféré et - ouf - heureusement, son odeur était bien la même ! Eh oui, excusez-moi, mais le Noblet ne sent pas comme les autres jeux que je possède et j'aime bien l'odeur particulière de mon Noblet !

Alors j'en ai profité pour demander :

"Noblet, mon petit Noblet, que penses-tu donc de cette vendeuse ?"
1: Le Pape V 2: Le Diable XV 3: La Force XI 4: Le Pendu XII 5: Le Chariot VII (5 + 15 + 11 + 12 = 43)


- Avec l'aimable autorisation du responsable du Club Noblet,

Octobre 2003.

Revenir à la liste des témoignages...

© 2003 - 2006, Stefan LAURENT.