Avant d'aborder la délicate question du choix d'un jeu pour le débutant, il me semble logique de commencer par essayer d'opérer une classification entre les différents jeux de Tarots. La classification proposée ci-dessous et sa terminologie me sont tout à fait personnelles. C'est pourquoi elles peuvent diverger sensiblement de celles que vous pourrez rencontrer par ailleurs.
Il est évident que nous pouvons classer les jeux de Tarots suivant de nombreux critères, tous très différents les uns des autres. Certains sont objectifs, comme par exemple la date de conception ; d'autres, par contre, sont beaucoup plus subjectifs, telle la destination du jeu. Compte tenu du fait que de nombreux jeux utilisent de manière abusive l'appellation de Tarots eu égard à son acception actuelle (voir encadré ci-contre), j'ai jugé utile d'opérer cette classification sur base du critère relativement objectif de leur apparence. Ce tri prend donc en compte le nombre de cartes constituant le jeu, les signes distinctifs des séries (Piques ou Epées, par exemple), le dessin des lames et, pour les transpositions sur papier d'autres techniques divinatoires, l'origine.
- Les Tarots de Marseille Classiques :
Cette catégorie reprend les jeux de 78 lames respectant le canon historique classique. Le style, le dessin et le symbolisme des arcanes majeurs sont donc fortement similaires pour tous les jeux appartenant à cette catégorie. Le dessin est de style moyenâgeux, le fond des lames est blanc, les couleurs sont simples (bleu, jaune, rouge, vert, noir et chair) et unies. Les lames majeures portent toutes un titre et un numéro sauf, parfois, l'Arcane sans nom et le Fou, qui n'est en principe pas numéroté.
Les lames mineures sont constituées de Coupes, Deniers, Bâtons et Epées. Elles ne portent pas de titre, à l'exception des 16 honneurs. Leur dessin est extrêmement simple puisqu'il se contente de reprendre n fois l'insigne de la couleur (ces insignes peuvent être enchevêtrés, comme c'est généralement le cas pour les Bâtons et les Epées). Pour les honneurs, un personnage tient généralement l'insigne distinctif de la couleur.
Les exemples types de cette catégorie sont : l'Ancien Tarot de Marseille de Paul Marteau (éditions Grimaud, ref. 394 403), le Tarot de Jean Noblet (voir restauration par Jean-Claude Flornoy) , le Tarot de Jean Dodal (voir restauration par Jean-Claude Flornoy) et, bien entendu, le très célèbre Conver (voir la reproduction éditée par la société Héron du groupe France-Cartes et la restauration de Camoin et Jodorowsky, ref. JEU 0001, Maison Camoin).
On peut également, dans une moindre mesure, placer dans cette catégorie des jeux tel celui de Jacques Viéville. En effet, même si leur dessin diffère sensiblement du canon du Conver, leur date de conception, leur style simple et médiéval, le fait que la plupart des autres critères sont respectés font qu'il est plus logique de les classer dans cette catégorie.
- Les Jeux de Tarots Modernes :
Ces jeux comprennent tous 78 lames (22 lames majeures, aussi parfois appelées Atouts, et 56 lames mineures.) Une ou deux cartes appelées Signifiant peuvent également parfois y êtres adjointes. Si leur structure (nombre et répartition des cartes) respecte toujours le canon historique évoqué ci-dessus, leur dessin, lui, ne le respecte plus et peut en différer sensiblement.
Leur dessin peut être constitué de couleurs plus complexes, le fond des cartes peut être blanc ou coloré. Les appellations des lames majeures sont parfois différentes de celles utilisées classiquement et le Fou est parfois numéroté. On peut aussi noter, pour certains d'entr'eux, une inversion dans la numérotation des lames majeures (entre la Force et la Justice).
Les mineures sont en général des Coupes, Deniers, Bâtons et Epées. Il arrive que le terme de Disques soit préféré à celui de Deniers. Dans certains cas, la totalité des lames mineures portent une légende. Le dessin de ces lames est parfois plus complexe et ne se borne plus à représenter n fois l'insigne de la couleur. Certains jeux voient leurs lames mineures illustrées par des scènes (comme par exemple le Rider Waite Tarot, éditions Grimaud, Art. 12 347). A l'inverse, les mineures du Tarot Maddonni (éditions Grimaud, Ref. 394 152) ne représentent qu'une seule fois l'insigne de la couleur avec la numérotation de la série dans le coin, comme le montre le neuf d'Epées ci-contre.
Pour résumer, cette catégorie reprend tous les jeux ayant conservé la structure classique (22 lames majeures + 56 lames mineures), mais dont le graphisme s'écarte de manière significative de celui du canon historique.
A titre d'exemple, nous pouvons mentionner, outre les Tarots Maddonni et Rider Waite, précédement cités, le Tarot Thoth d'Aleister Crowley (éditions AGMüller, art. 12 372), le Tarot de la Licorne (éditions U.S. Games Systems, ref. UT78), le Northern Shadows (éditions AGMüller, art. 12 320), etc. Ce ne sont bien sûr là que quelques exemples, cette catégorie étant sans doute l'une des plus richement peuplées.
- Les 78 Lames Atypiques :
Cette catégorie reprend les jeux de 78 lames qui, bien que s'inspirant de la structure classique, ne la respecte pas totalement.
A vrai dire le seul représentant que je connaisse à l'heure actuelle qui puisse entrer dans cette catégorie est le Grand Etteilla (éditions Grimaud, Réf. 394 104). Ce jeu comporte effectivement 78 lames, mais celles-ci sont numérotées de 1 à 78 ! Il semble avoir été délibérément conçu pour que l'on mélange lames majeures et mineures.
Les 21 premières cartes correspondent à 21 des lames majeures (avec quand même de nombreuses inversions), les lames de 22 à 77 reprennent les séries de mineures, la 78ème représente le Fou.
- Les Jeux de Cartes Classiques :
Il s'agit du jeu de cartes classiques (de 52 ou 32 cartes) que vous trouverez chez votre buraliste. Celui avec lequel vous jouez traditionnellement à la belote, au piquet, au bridge ou autres jeux.
Il se compose de quatre séries de 13 cartes (pour les jeux de 52) ou 8 cartes (pour les jeux de 32). Les séries vont de l'As au Roi (ou du 2 à l'As) pour le jeu de 52 et du 7 au Roi + l'As pour les jeux de 32 cartes. Les quatres couleurs sont les Coeurs, les Carreaux, les Trèfles et les Piques.
Le fond des cartes est blanc. Les cartes numérotées portent n fois l'insigne de leur couleur et le numéro + un rappel de la couleur dans chaque angle. Les honneurs sont au nombre de douze (trois dans chaque série). Ils sont constitués du Valet, de la Dame et du Roi. Les cartes des honneurs représentent un personnage, bien souvent réversible, avec l'insigne de la couleur dans l'angle.
- Les Jeux de Cartomancie (52, 32 ou 36 cartes) :
Cette catégorie reprend les jeux dont la structure repose sur celle du jeu de cartes classique, mais dont les cartes ont été illustrées afin d'en faciliter l'usage dans le cadre de la pratique divinatoire. Ces jeux sont parfois improprement intitulés Tarots.
Ces jeux comprennent généralement 52 cartes (comme, par exemple, la Sybille des Salons, éditions Grimaud, et le Grand Jeu de Melle Lenormand, éditions Grimaud, réf. 394 105) ou 32 cartes (Le Livre du Destin, éditions Grimaud, réf. 394 108). Certains d'entre eux comprennent 36 cartes. C'est notamment le cas du Petit Cartomancien (éditions Grimaud, réf. 394 101) et des cartes de bonne aventure Lenormand éditées par Carta Mundi.
Ces 32, 36 ou 52 cartes sont réparties en quatre séries (Coeurs, Carreaux, Trèfles et Piques) respectant à l'identique la structure des jeux de cartes classiques. Les jeux de 36 cartes reprennent la structure du jeu de 32 cartes classique en y ajoutant les six. Il arrive qu'une ou plusieurs cartes dénommées signifiant soient adjointes au 32, 36 ou 52 cartes.
- Les Jeux Atypiques :
Il s'agit de jeux qui ne respectent ni la structure des Tarots classiques ni la structure des jeux de cartes classiques. Certains d'entre eux sont parfois improprement appelés Tarots.
Il arrive que certains de ces jeux reprennent certains éléments propres aux Tarots ou aux jeux de cartes. C'est le cas notamment des jeux Indira (Tarots Hindou et Tarot Persan de Madame Indira, éditions Grimaud, réf. 394 160 et 394 257, respectivement 30 et 55 cartes) qui reprennent les insignes des couleurs du jeu de cartes traditionnel (Coeurs, Carreaux, Trèfles et Piques) sans toutefois respecter la structure des séries.
Je pense que l'Oracle Belline (éditions Grimaud) peut également être classé dans cette catégorie.
- Les Transpositions sur Papier d'Autres Techniques Divinatoires :
Cette catégorie reprend les jeux de cartes qui ne sont autres que des transpositions sur papier d'autres techniques divinatoires. Ces jeux sont parfois improprement appelés Tarots.
Nous trouverons notamment dans cette catégorie, par exemple, les jeux runiques, qui ne sont ni plus ni moins qu'une copie sur cartes des runes, et le Tarot oriental de Paul Iki (éditions Grimaud, ref. 394 225), qui n'est autre qu'une adaptation sur cartes de la technique du Yi-King.
Cette classification n'est ni complète ni parfaite. J'ai, par exemple, délibérément omis certaines catégories comme les jeux de Tarots historiques et jeux de cartes remarquables (Tarot des Visconti-Sforza, Tarot de Charles VI, etc.) ou les jeux de Tarots et jeux de cartes esthétiques ou publicitaires (Jeux reprennant divers sites touristiques d'un pays, jeux de cartes reprenant, par exemple, des auteurs en lieu et place des honneurs, jeux associés au marketting de films ou séries télévisées) car celles-ci ne présentent que peu d'intérêt pour l'approche divinatoire.
De même, certaines catégories auraient parfaitement pu être divisées en plusieurs sous-catégories, mais j'ai préféré rester aussi simple que possible.
Si vous avez des remarques en ce qui concerne cette classification ou sa terminologie, n'hésitez surtout pas en m'en faire part, j'y suis ouvert...